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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:18

 

 

le professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh"Quelles seront les conséquences pour le Tchad si en France le (candidat) socialiste

gagne?"



 

Un changement de gouvernement en France ou ailleurs, ne peut pas modifier fondamentalement la situation, à l'intérieur d'un autre pays. Le changement à l'intérieur de notre pays dépendra d'abord de la capacité des forces démocratiques à se mobiliser, à mobiliser la masse des victimes de l'injustice et de l'oppression dans le système actuel.

Par conséquent, ce qui peut changer avec un  gouvernement de gauche, c'est plutôt l'attitude des autorités françaises vis-à vis de l'Afrique et du Tchad, sur  certaines questions relevant des relations de la France avec notre continent.

 

Restons dans le cadre du Tchad et prenons quelques exemples.

 

1) La disparition du professeur Ibni Oumar : Le président Sarkozy, après avoir fait des grandes promesses, avait continué à couvrir les louvoiements du président Déby Itno sur cette question si emblématique. François Hollande, s'il est élu, n'aura pas d'excuse pour fermer les yeux.

D'ailleurs, il est possible que le général Déby Itno prenne les devants et fasse porter le chapeau à ses collaborateurs, comme cela fut le cas avec l'assassinat de l'autre Ibni Oumar, l'homme d'affaires soudanais Sheikh Ibni Oumar Idriss Youssouf.

2) Les déclarations insipides de ministres français saluant les mascarades électorales au Tchad, n'auront plus lieu d'être, même s'il ne faut pas attendre un soutien ouvert et conséquent aux forces démocratiques.

3) On a vu les forces spéciales françaises se mêler directement dans les combats entre le gouvernement tchadien et l'opposition armée, au nom, dit-on, de certaines clauses sécrètes. Je pense que ce cas de figure ne se répétera pas, avec un nouveau gouvernement. Les Accords de Défense seront renégociés dans une certaine transparence; mais est-ce qu'on mettra fin au dispositif Épervier ? Dans l'immédiat, je ne pense pas; car cela passera par des négociations assez longues, avec notamment des débats parlementaires.

Par ailleurs, la faiblesse de nos États et leur incapacité à faire face à la recrudescence des activités terroristes et sécessionnistes dans la région (Boko Haram, AQMI, LRA, etc), vont sans doute amener un renforcement des relations militaires avec la France et les Etats-Unis. Il faudra que cela se fasse dans le cadre des organisations sous-régionales et celui de l' Union Africaine, avec des objectifs, des mandats et des moyens clairement définis et non plus dans celui des relations bilatérales opaques. 

4) Sur le plan économique : il ne faut pas se faire d'illusion. Tout gouvernement français (ou autre) œuvrera pour que les grandes compagnies de son pays aient leur part du gâteau africain. Le changement viendra -est en train de venir- par l'irruption des pays dits émergents dans l'espace économique africain (Chine, Inde, Brésil, Turquie, Malaisie, etc). Un gouvernement de gauche comprendra mieux peut-être cette nouvelle donne et cherchera à défendre les intérêts français dans un esprit de coopération et non pas de confrontation avec ces nouveaux acteurs. C'est une opportunité pour en finir avec le système de « pré carré » et de « chasse gardée », et renforcer les capacités de négociation de notre pays avec les partenaires internationaux ; malheureusement cela ne se traduira pas pour autant par une amélioration des conditions de vie de nos concitoyens, tant que notre administration continue à être gangrenée par l'improvisation, la corruption, l'incompétence et le favoritisme clanique.

5) Par contre, sur beaucoup d'autres questions, je ne pense pas qu'il y aura de grands changements. Par exemple la politique d'immigration : il sera toujours aussi difficile d'obtenir des visas d'entrée et des cartes de séjour , notamment pour les étudiants, surtout avec la crise économique qui frappe l'Europe. Mais là aussi, tout dépend du séreux et des capacités de négociation de nos propres gouvernements.

Il y a aussi le problème du rapport de forces politique à l'intérieur même de la France : quelle configuration aura le parlement français à l'issue des élections législatives de juin ? Quelle sera dans le futur parlement l'importance du Front national, des amis de Mélenchon, des écologistes ? Jusque là, les députés qui poussent dans le sens d'une plus grande transparence dans les rapports entre la France et l'Afrique, et une révision radicale de la politique de développement, sont plutôt minoritaires.

Personnellement, je pense que ce qu'on peut raisonnablement exiger, c'est que les autorités françaises s'abstiennent de soutenir militairement le pouvoir en place, d'approuver bruyamment les fausses élections, et de couvrir les violations flagrantes de droits de l'homme (arrestations arbitraires, harcèlement de la presse indépendante, extraditions, exécutions extra-judiciaires, etc); le reste dépendra de la détermination, l'esprit de sacrifice et les capacités des patriotes convaincus de la nécessité de la lutte pour un Tchad où règne l’État de droit et la justice sociale. Il nous faut un mouvement citoyen dynamique capable de faire écho aux campagnes de mobilisation des associations démocratiques en France qui ont fait un travail remarquable contre la pratique des financements occultes ("les mallettes" si caractéristiques de la Françafrique), les accords secrets en matière de défense, les bien mal acquis planqués en Europe et les effets pervers de l'aide au développement. je voudrais pour finir saluer la mémoire de deux grandes figures de ce mouvement citoyen: le français François-Xavier Verschave, ex-président de l'Association Survie et principal développeur du concept de la Françafrique, et la belge Denise Comanne, cofondatrice de CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde).

 

Par Tchadenligne.com - Publié dans : INTERNATIONAL
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