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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 20:38

 

Le chanteur et cithariste Doumi Thomas est décédé le 14 juillet 2011 dans sa demeure à Moundou à l’âge de 84 ans. Pour lui «Le professionnel sait choisir ses mots»

 

Doumi Thomas est le chanteur et cithariste, dont le nom reste à jamais associé à la bière Gala qu’il a fait connaître à travers tout le pays. En 2004, avec le défunt Keyba Natar, certains artiste tchadiens parmi lesquels Mujos Ingamadji leur ont rendu hommage, en interprétant une de ses chansons intitulée «Bbég leou», dans l’album «Apocalypsida». Un film retraçant son parcours est en cours de finalisation.

Nous reprenons ici, une interview (fev 2007) du défunt paru sur le site du Cefod en souvenir du disparu
Célèbre artiste traditionnel ngambaye, Doumi Thomas, a troqué sa cithare contre la Bible. Actuellement ancien de l’Église évangélique, cet octogénaire a bien voulu retracer son parcours lors d’un entretien à son domicile à Moundou.

Beaucoup de nos jeunes lecteurs ne vous connaissent pas. Qui êtes-vous?
Mon nom est Doumi Thomas. Je suis né vers l’an 1928. Je n’ai jamais été à l’école. Mon entrée dans le cercle des artistes tchadiens est le fruit d’un simple heureux hasard. Au départ, je jouais de la cithare pour me divertir en imitant certains artistes célèbres. Puis j’ai commencé à composer mes propres chansons. Et progressivement j’ai acquis de la notoriété auprès du public. C’est ainsi que j’ai été invité pour la première fois à donner des concerts à Fort-Lamy (actuel N’Djaména). J’ai profité de ce séjour pour faire enregistrer mes chansons à la RNT. De retour à Moundou, j’ai été embauché aux Brasseries du Logone.

 


© journaldutchad.com
L'artiste Mujos Ingamadji et le défunt Doumi Thomas lors du tournage en décembre 2010

Quand est-ce que vous avez exactement commencé la musique?
C’était en 1962. Et en 1968, j’ai commencé à travailler aux brasseries du Logone.

Vous avez commencé tardivement la musique mais cela ne vous a pas empêché d’être très connu du public tchadien…
Je dois ma célébrité à une certaine volonté que j’avais de me perfectionner. Je ne jouais à la cithare que trois fois par jour. Dans la vie, il suffit de manifester son attachement à quelque chose pour la conquérir. La musique a retenti dans mon cœur, je l’ai ressentie et j’y suis arrivé. Qu’importe le reste.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans votre parcours?
Je n’ai pas rencontré de difficultés majeures. D’ailleurs je passais mon temps à faire l’éloge de grandes personnalités de l’époque et celui des entreprises de la place, notamment les brasseries du Logone. Je faisais la publicité de la Gala parce que je travaillais aussi aux brasseries.

Que gagnez-vous en faisant l’éloge de ces personnalités?
La notoriété. Les blancs m’ont aidé à sillonner plusieurs régions du Tchad. J’ai été admis dans les rares villas de Fort- Lamy. Grâce à la musique, je suis connu même en France.

Vous arrivait-il de vous faire accompagner par un autre artiste?
Je suis un solo. Mais pour mon enregistrement à la RNT, je m’étais fait accompagner par mon grand frère Philippe qui m’appuyait aussi lors de certains de mes concerts dans la capitale

Quel message véhiculez-vous à travers vos chansons?
En plus des éloges, j’évoquais assez souvent certains problèmes sociaux que vivent les populations. Par exemple, mon titre "Néamdjé" retrace le comportement d’une femme qui passait son temps à voler les biens d’autrui. Cela a failli coûter la vie à son mari.

 


© google-images.fr
Une cithare

Que devient Doumi Thomas?
Aujourd’hui, je me repose. Baptisé au nom de Jésus-Christ, je me consacre entièrement à ses œuvres. C’est désormais son nom qui retentit dans mon cœur. J’éprouve vraiment le besoin de sillonner le pays pour enseigner la parole de Dieu comme Saint-Paul l’a fait. Malheureusement, j’ai pris de l’âge. Je préfère consacrer le peu d’énergie qui me reste à Dieu.

Comment appréciez-vous l’environnement artistique tchadien?
Ce qui se fait est bien. Les artistes parlent des sujets préoccupants: du Sida, de l’éducation. Je déplore cependant le penchant de certains à prononcer des paroles blasphématoires et mensongères. Quand on est professionnel, il faut savoir choisir ses mots.

L’artiste Ingamadji Mujos a repris l’une de vos chansons dans son album apocalypse Sida…
Mujos m’a demandé l’autorisation pour interpréter mon titre Bégleou. C’est ce qu’il a fait et aujourd’hui les gens revivent cette chanson.

D’autres ont-ils fait comme lui?
Non, il est le seul pour le moment. Mais Mujos, n’est pas reconnaissant: il n’est jamais revenu me voir.

Combien de titres avez-vous enregistrés en tout?
Je ne m’en souviens pas exactement. Mais je sais que c’est plus d’une dizaine.

Quels conseils à la jeunesse?
Qu’elle se méfie du vagabondage sexuel. Qu’elle réagisse promptement devant des difficultés. Qu’elle fasse beaucoup attention au Sida.

Interview réalisée par Francis Bédoum (T&C n°254 février 2007)
Un artiste ne meurt jamais!
Que son âme repose en paix.

 

Par Tchadenligne.com - Publié dans : SOCIETE
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