Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 15:45

Tchad : L’opposition juge les 19 ans de règne du MPS

Propos recueillis par Kalitoumi Tao Moussa

 

Le 1er décembre, le MPS  célèbre les 19 ans de son avènement au pouvoir. La Voix a donné la parole à certains leaders politiques, qui se prononcent à ce sujet.
 
Saleh Kebzabo, Député, président de l’UNDR, Porte-parole de la CPDC : « Le bilan est toujours négatif, voire catastrophique » 
 
Cela  fait  bientôt deux décennies que le MPS est au pouvoir et le bilan est très mitigé. Mitigé parce que sur le plan de la sécurité,  de la paix, le bilan se solde par des milliers de morts. On ne sait pas exactement combien de Tchadiens sont morts pendant ces 19 ans de règne. J’ai l’impression que la culture de la banalisation de la mort est ancrée dans les mœurs de nos dirigeants, ce qui fait qu’on passe tout cela par pertes et profits ; le Tchad ne tiendra pas de cette façon. Depuis 19 ans, le règne du MPS est ponctué par des crises armées à répétition, dont le point culminant a été les évènements de février 2008. C’est peut-être le lieu de lancer un cri d’alarme au pouvoir à l’aube de la 20e année, pour  que le président  de la République prenne des initiatives pour la paix. Il a fait la démonstration qu’il sait faire la guerre. Je pense que, quand on  gagne la guerre, c’est pour faire la paix. Il faut qu’il fasse la paix parce que les Tchadiens ont besoin de paix, d’unité et il a toutes les cartes en main pour réussir cela. Sans ça, tout ce qu’on fait est voué à l’échec.
C’est cela qui fait que le bilan sur le plan économique est négatif pour ne pas dire catastrophe. On ne voit aucune réalisation : toutes les entreprises d’Etat ont été privatisées. Celles qui ne le sont pas, sont boîteuses à l’image de la CotonTchad qui est pratiquement aujourd’hui par terre. C’est elle, le moteur de notre industrie ; on se rend compte qu’elle chute maintenant, on commence par en parler au passé et c’est grave parce que c’est le coton qui a construit ce pays. On a beau avoir du pétrole et tout ce qu’on veut, mais il faudra au moins rendre hommage à tous ceux qui ont cultivé l’or blanc pour développer notre pays.
L’autorité  de l’Etat a été battue en brèche pendant ces années de règnes du MPS. Ce qu’on est en train de vivre est tout, saufun Etat. C’est pas parce qu’il n’y a pas d’Etat qu’on peut agir dans l’impunité. Que l’impunité soit une règle  établie, c’est le cas. Ce ne sont pas les soubresauts des dernières semaines qui viendront me contredire. Tout en saluant  cette opération que j’appelle semi-assainissement que nous observons, je me demande jusqu’où on peut aller ?
J’ai l’impression que c’est une sorte d’avertissement ou un signal qu’on lance aux magistrats pour leur dire attention, que vous avez peut-être fait quelque chose mais vous ne pouvez pas aller plus loin ! Et c’est dommage parce que je suis de ceux qui ont applaudi lorsque  cette opération qui a commencé avec l’Education nationale et l’Agriculture. Mais ce n’est qu’un petit bout de l’iceberg. Il est tant qu’on mette fin à cela de façon ferme et déterminée pour que cela ne puisse pas se poursuivre. On sait que ceux qui n’ont pas été poursuivi, sont eu le temps de ranger les documents, de tout mettre au point pour qu’ils ne soient pas pris.
Le problème d’unité nationale est très grave car les Tchadiens restent  toujours aussi divisés qu’il y a 19 ans sinon plus. Vous avez toutes ces pratiques claniques et familiales qui relèvent de la mafia, qui a cours malheureusement et qui s’amplifie. C’est une gestion de plus en plus patrimoniale  qui  ne correspond pas aux options démocratiques de notre pays. Il y a les conflits intercommunautaires, interfamiliaux, interclaniques ; tout cela a été exacerbé par le pouvoir. Je crois que c’est le lieu de demander qu’on tourne vraiment cette page. Malheureusement, quand on demande de tourner la page, on se rend compte que l’Etat lui même sème les germes d’une division plus grande. Comme preuve, cette histoire de l’enseignement supérieur sur laquelle ni la presse, ni les élus du peuple n’ont pas mis un accent assez particulier pour souligner le danger. Le ministre de l’Enseignement supérieur a décidé par un arrêté la semaine dernière que l’accès à l’enseignement supérieur dans les établissements publics se fera par quota. Cela veut dire que les originaires de la région où est implanté l’établissement universitaire sont prioritaires avec un certain pourcentage. Cela nous amène à cultiver la médiocrité au lieu de l’excellence. Ça devrait être un débat public au lieu que le ministre s’enferme dans son bureau pour faire sortir un arrêté aussi grave.
Au plan de la politique pure : la démocratie, la liberté d’expression, le droit de l’homme, le bilan est plus que mutilé. La presse publique ne fait que passer les images à la gloire d’un parti politique ou d’un homme. Ce qui est totalement contradictoire avec les options démocratiques dans lesquelles nous vivons en ce moment. La liberté de la presse doit être totale. On ne peut pas dire que la presse est libre et en même temps la sermonner. Ce qui s’est passé avec La Voix est un indicateur du désir du régime de ne pas accepter une presse jusqu’au bout. L’accès des opposants aux médias nationaux se fait de façon parcimonieuse pour ne pas dire inexistante. Heureusement, l’Accord du 13 août vient sauver un peu le régime de ses impérities à condition que l’Accord soit appliqué dans toute sa latitude. On ne peut pas appliquer dans l’Accord ce qui nous convient et ne pas appliquer ce qui ne nous convient pas.
Dans le domaine des infrastructures, on nous dit qu’il y a 180 chantiers en cours. 180 chantiers en nombre je suis d’accord mais en qualité, ça ne représente rien. Est-ce que les rues qui sont bitumées à N’Djaména le sont selon les règles de l’art ? Ont-elles une garantie de durée ? Je dis non car à peine elles sont terminées, qu’on voit déjà qu’elles ne sont pas aptes à une bonne circulation. Elles ne répondent pas aux normes techniques et d’esthétique. Les bâtiments  à peine construits, on voit déjà des fissures même à l’intérieur du pays. Les villes du Tchad avec sa capitale sont dans le noir. L’électricité est toujours un luxe pour les Tchadiens.
Tout cela relève de la  planification qui n’est pas rigoureuse et qui ne tient pas compte  de tous les paramètres socioéconomiques notamment pour dire au gouvernement qu’on va investir dans tel ou tel domaine, dans telle région de façon prioritaire ou pas. L’argent a été  dépensé sans compter que maintenant la caisse est vide. On attend encore avec impatience que les recherches pétrolières soient opérationnelles dans les nouveaux puits. Cela montre que ce n’est pas une bonne gestion, c’est plutôt une gestion à la va-vite et nous en payons les pots cassés.
On remarque des bonnes actions ou réalisations politiques ces derniers temps, mais c’est parce que les élections approchent. Ce qui fait que j’allais créditer le régime d’un petit point de faveur qu’en même temps je lui retire parce que ce sont des opérations politiciennes.
Je souhaite au MPS et au président Déby un bon anniversaire. Que Dieu aide le Tchad pour qu’on puisse sortir de cette situation scabreuse qu’on vit depuis 30 ans. »  
 
Lol Mahamat Choua, président du RDP : «Le bilan est un peu positif, mais beaucoup restent à faire» 
 
« Même si je suis de l’opposition, j’ai fait l’arrière-pays il n’y a pas longtemps, il y a un peu d’amélioration. On constate qu’à N’Djaména, les routes sont  goudronnées, des nombreuses infrastructures scolaires neuves, idem dans les provinces. Je peux dire que le bilan est un peu positif mais cela ne veut pas dire que le MPS ou le président Déby peut s’arrêter là car beaucoup de choses restent à faire. Au point de vue infrastructures, je ne lui jette pas pour autant des fleurs. Ce qu’il faut beaucoup revoir, c’est amener la paix. Que cette paix soit une paix durable. J’attends beaucoup de lui dans la recherche de paix. On peut construire un pays mais quand il y a la guerre, il n’est pas difficile de le détruire. Je ne suis pas le seul à demander la paix, tous les Tchadiens ont marre de cette guerre qui ne fait que déchirer et qui fait reculer notre pays. Si le Tchad n’était pas dans la guerre, on ne serait pas là. Le président et les autres n’ont  pu faire le bilan pendant tout ce moment de guerre, c’est vraiment catastrophique. Il est tant qu’on tourne la page pour faire la réconciliation, qu’il n’y ait plus de discrimination entre les fils de ce pays.
La lutte contre la corruption, ce n’est que le début et je ne peux pas me prononcer là-dessus. J’attends et je pense que le président Déby s’est décidé mettre la main sur ceux qui cherchent à détourner le bien de l’Etat. »
 
Brahim Koulamala, président de MSA/R : «Le bilan est acceptable» 
« Le bilan des 19 ans de pouvoir du président Déby, est acceptable car il y a beaucoup de réalisations qui ont été faites. Nous MSA/R, pensons qu’il reste aussi beaucoup de choses à faire. Pour faire certaines réalisations, il faut que Déby tienne compte de l’opinion de tout le monde. Sur le plan des infrastructures, c’est acceptable mais sur le plan social, il reste beaucoup à faire. Dans le domaine de l’éducation, des établissements ont été construits, mais il n’a pas songé à former des enseignants pour pouvoir bien encadrer nos futurs remplaçants. Les bâtiments c’est bien, des enseignants c’est encore mieux. Sur le plan de la santé, il nous Faut des médecins pour soigner la population. Ces choses vont de pair. Certains hôpitaux manquent énormément des médecins compétents. On ne peut pas avoir des hôpitaux sans  médecins. Si ceux-ci  ne veulent pas venir travailler  dans les hôpitaux publics, c’est  parce qu’ils sont mal payés et mal logés. Il faut que le président revoie tout cela.
Sur le plan politique, il faut qu’il y ait  un apaisement. La paix entre les Tchadiens est un impératif catégorique. On  en a marre de s’entredéchirer. La paix n’a pas de prix. »
Propos recueillis par Kaltoumi Tao Moussa
Source:lavoixdutchad.com
Par Abdoulaye Salah - Publié dans : TCHAD
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