
Dans son discours-programme prononcé à l’occasion de son investiture pour son quinquennat en cours,
le chef de l’Etat a tenu un certain nombre de promesses, dont le chef du gouvernement s’est engagé à matérialiser lors de la présentation de son programme devant l’assemblée nationale. Sur la
liste de ces engagements politiques, la jeunesse, la femme et le monde rural occupent une place à part entière.
A en croire le président de la République, les deux premières couches, « socle de l’essor économique et social du
Tchad », comme il l’a si bien dit, bénéficieront d’importants appuis. Selon le président de la République, « dès 2012, chaque région aura, à sa disposition deux milliards pour des réalisations
sociales en faveur de la jeunesse ». De même, des investissements conséquents seront consentis en faveur des ruraux afin de leur permettre d’asseoir leur base de développement. « Ces efforts
visent à terme l’indépendance alimentaire du Tchad », précise le chef de L’Etat.
En filigrane, ce discours programme place la jeunesse en actrice majeure de la « Renaissance de la nation
tchadienne « . Si le chef de l’Etat s’est contenté d’aligner, sans dévoiler les secteurs sur lesquels porteront ses engagements et les ressources pour leur mise en œuvre en faveur des jeunes,
le chef de gouvernement a, en septembre dernier devant l’Assemblée nationale, annoncé des actions pour appuyer ce quinquennat. « Plus de 36 000 jeunes diplômés sont présentement demandeurs
d’une intégration à la Fonction Publique. Plus de 1 500 autres sont demandeurs d’un placement par l’Office National pour la Promotion de l’Emploi (ONAPE) chaque année », a d’emblée constaté le
Premier ministre. « C’est pour ceux-là et pour les générations à venir, a-t-il poursuivi, que le gouvernement entend mettre en place de nouvelles alternatives durables ». Pour répondre à des
besoins clairement identifiés (des jeunes, ndlr), son équipe s’engage « à fixer annuellement des quotas de recrutement de nouveaux agents… (pour) étoffer l’administration ».
Des investissements d’envergure
Selon le premier ministre, en plus de l’emploi, l’éducation et la formation en faveur de la jeunesse feront
l’objet d’une attention particulière. Dans ce sens, des actions concrètes seront posées « pour améliorer la qualité de l’enseignement, de la formation technique et professionnelle afin de
mettre en adéquation l’éducation, la formation et l’emploi, dans le but d’offrir des perspectives confiantes à la jeunesse ».
Pour joindre l’acte à la parole, dans le primaire, on annonce la construction de 2000 nouvelles salles de classes
à partir de 2012 à travers le pays pour ramener le ratio maître/élèves à des proportions acceptables, a annoncé le Premier ministre. Trente milliards de FCFA par an vont être débloqués pour
bâtir plus de 60 écoles pendant cinq (5) ans. Il s’engage, par ailleurs, à résoudre la récurrente question de manque d’enseignants dans le primaire en accélérant l’intégration des enseignants
déjà formés. Au secondaire, en plus de la construction de nouveaux lycées et collèges en chantier, l’accent sera particulièrement mis sur le recrutement des professeurs de séries
scientifiques.
L’enseignement supérieur et professionnel disposera aussi d’un corps enseignant universitaire de qualité afin de
produire une main d’œuvre qualifiée et spécialisée, ambitionne le chef du gouvernement. La femme, “trésor de la renaissance de la nation tchadienne”, comme l’a si bien dit le président de la
République, verra se concrétiser toutes les promesses qui lui sont faites, notamment la réduction des inégalités de leur accès s aux services sociaux de base, à l’emploi rémunéré et sa pleine
participation à la vie publique et communautaire, dixit le premier ministre. Le gouvernement s’engage aussi à augmenter l’enveloppe de microcrédits destinée au financement des activités
économiques des femmes et apportera son soutien aux organisations œuvrant en faveur des femmes. Un fonds de soutien aux initiatives des femmes entrepreneurs sera mis en place, a indiqué le chef
du gouvernement.
Le Tchad, bientôt un potentiel exportateur de produits agricoles
Sur le plan juridique et institutionnel, la recherche rapide d’un consensus autour du Code des personnes et de la
famille est attendue pour 2012. C’est le souhait de tout le monde, si l’exécutif parvient enfin à dominer les passions et le fanatisme qui empêchent l’adoption et la promulgation de ce document
très attendu pour une meilleure mise en œuvre de la question genre au Tchad et bien d’autres volets en faveur de la femme. « Une place de choix sera consacrée à l’autonomisation de la femme
tchadienne, surtout la femme rurale », rassure le chef de l’Etat.
Les trois premières années du quinquennat seront aussi consacrées au monde rural. Car l’indépendance du Tchad
passe obligatoirement par son développement. « C’est pourquoi nous visons à terme, non seulement l’indépendance alimentaire, mais de faire aussi du Tchad aussi un pays exportateur des produits
agricoles », rêve le chef de l’Etat.
Un effort d’investissement pour améliorer les conditions de vie et de production des ruraux, la formation aux
techniques d’irrigation, à la gestion d’un périmètre, à l’utilisation des intrants pour accroître leur productivité agricole et garantir la durabilité des investissements, les aménagements
hydro agricoles, sont, entre autres, programmes que le gouvernement envisage de soutenir. « Dans le cadre du Programme National de Sécurité Alimentaire (PNSA), précise le Premier ministre, 50
000 producteurs ainsi que des éleveurs seront organisés et formés en fonction de leurs spécialisations, en groupements, unions et fédérations de groupements » en plus des terres arables
aménagées dans différentes régions du pays. Des équipements en matériels agricoles et le soutien aux producteurs, la promotion de la recherche agronomique, vétérinaire et zootechnique ne seront
pas en reste, en vue d’améliorer les systèmes de productions agricoles et de l’élevage. La recherche devra aider : à développer les filières telles que les céréales, les cultures maraîchères,
les plantes à tubercules et les plantes à racines ; à améliorer la fertilité des sols et à protéger les plantes. L’accès à l’eau potable du monde rural demeure également l’une des
préoccupations du gouvernement, conformément à ses engagements dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement qui retiennent la construction de 4 743 pompes à motricité humaine
et 452 adduction d’eau potable à installer prioritairement dans les zones rurales.
Entre autres questions vitales, se trouve celle de la sauvegarde et du développement des écosystèmes et ressources
halieutiques. L’une des priorités sera de focaliser les efforts sur toutes les activités concernant le sauvetage du Lac Tchad. Un Plan d’Aménagement Intégré des Pêcheries (PAIP) sera élaboré et
mis en œuvre pour que les communautés des pêcheurs s’adaptent aux défis qui leurs sont imposés par le changement climatique, a enfin indiqué le chef du gouvernement.
Tirer les leçons des projets et programmes antérieurs
Simple effet d’annonce pour rassurer l’électorat ou volonté réelle de franchir enfin le rubicond du
sous-développement, le quinquennat en cours apportera ses propres réponses. Il est vrai que le Tchad dispose d’importantes ressources financières pour mettre en œuvre ce vaste programme
politique. Mais il est aussi important de souligner, que si ce sont les mêmes personnes, reconnues pour leur moralité peu orthodoxe qui gravitent autour du pouvoir et attendent d’exécuter les
différents volets de ce programme, l’on craint à terme de déboucher sur des résultats bien minces. D’autres projets aussi importants ont échoué. Par exemple, le projet national d’élevage qui a
englouti plus de dix milliards FCFA, sans impacts sur le monde pastoral. Il serait indiqué d’investir pour un programme politique si ambitieux en tenant compte des plans de développement locaux
qui intègrent de manière réaliste les besoins de chaque région que de se contenter des discours aux contenus amplificateurs sans lendemain. Surtout que chaque gouvernement a ses priorités.
Celles de l’actuelle équipe ne seront pas forcément les priorités du futur gouvernement avec un autre Premier ministre. Aussi faut-il identifier les vrais défis auxquels font actuellement face
la jeunesse, les femmes et le monde rural. Le secteur privé, en collaboration étroite avec les institutions étatiques indiquerait la bonne voie à suivre pour réaliser des investissements
indiqués pour les trois couches.
Laoro Gondjé/CEFOD
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