Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 11:22


Depuis quelques mois, le régime dictatorial en place à N’djamena n’en finit pas de gesticuler dans les grands – et même les petits - médias aux seules fins de lustrer, ou de se refaire, son image constamment mise à mal par sa permanente dérive totalitaire. C’est ainsi que les conférences de presse (au Tchad et à l’étranger) alternent avec les interviews dans les tabloïds, et jusque dans les télévisions ; sans oublier les analyses truffées de boursouflures pondues par quelques lyriques panégyristes et autres convertis de la 25ème heure au régime dans des blogs suspects sur Internet. En tout cas le nec plus ultra aura été constitué par dix pages de pub informations cousus de fil blanc dans l’édition 2535 de « Jeune Afrique » du 9 au 15 Août dernier : Un rocambolesque salmigondis !

« Tchad, bâtir un nouveau pays » : Voilà le titre abracadabrantesque du fumeux, et plus que ridicule dossier étalé sur dix pages gorgées d’informations à donner envie de grimper aux murs, que le magazine de Béchir Ben Yahmed s’est fait le plaisir de mettre à la disposition de ses lecteurs, et bien évidemment des populations Tchadiennes, qui en ont certainement avalé de travers, la semaine dernière.

Il ya quelques mois encore Idriss Deby Itno était loin de faire partie des clients fréquentables et bienvenus dans les murs de la rédaction centrale du célèbre magazine panafricain au 57 bis rue d’Auteuil à Paris. Mais depuis quelques temps, le régime de N’djamena a réussi à forcer les portes du mythique journal en l’amenant, contre espèces sonnantes et trébuchantes, à diffuser ses messages.

C’est ainsi que depuis un certain temps les informations sur le Tchad sont de plus en plus aseptisées dans ce journal qui, en d’autres temps, était très peu enclin à faire le moindre cadeau aux dictateurs. Mais le régime de Deby, jouant sur le registre de la communication tarifée, n’a pas lésiné sur les francs CFA pour que J.A publie SES vérités.

Mais, il faut le reconnaître, ils avaient si peu de choses à écrire sur une prétendue, ou imaginaire, embellie au Tchad que les rédacteurs de ce dossier tout simplement alambiqué n’ont pu le traiter – ô bien laborieusement – que sur deux volets : les priorités gouvernementales et le…consensus politique. Mais avant de passer ce tissu de ragots officiels au crible, il faut – quoi qu’on dise – comprendre que cette cascade d’offensives de charmes du pouvoir Debyien sur les médias internationaux n’est destinée qu’à une opinion extra Tchadienne. Car Mr Deby Itno reconnaitra lui-même que 95% de ses concitoyens n’ont pas les moyens de s’offrir un exemplaire de « Jeune Afrique » qui coûte tout de même le 5ème du salaire minimum du Tchadien moyen. Une évidence tout aussi valable à propos des interviews diffusés à « Afrique 24 », une chaîne uniquement visible sur le câble, qui est très loin d’être à la portée de 98% des tchadiens des villes et de 99,99% des populations rurales.


En somme, dans sa communication surdimensionnée, Deby ne s’adresse pas – et n’a jamais eu l’intention de s’adresser - aux Tchadiens, mais bel et bien à l’opinion étrangère en claquant, pour ce faire, des centaines de millions de francs Cfa du contribuable Tchadien. Ceci est d’autant plus vrai qu’un « message » de dix pages à « Jeune Afrique », revient à quelque chose comme 80 millions de frs CFA. Un joli magot qui aurait été plus utile pour l’achat de médicaments ou de bancs d’école !

Pour en revenir au publi-reportage plaqué dans un encart de « Jeune Afrique », et s’agissant des prétendues priorités gouvernementales, les propagandistes payés à prix d’or pour cette tâche acrobatique se sont contenté de rabâcher les mêmes salades éructées avec une mauvaise foi à donner la nausée par le dictateur depuis quinze ans au moins : d’abord des bobards à propos de l’éducation.

Et sur ce chapitre en particulier, les chiffres et statistiques que livre le journal panafricain basé à Paris parlent d’un taux de scolarité - pour l’enseignement primaire - qui aurait été de l’ordre de 12% de 1960 à l’orée de 1990, puis de 58, 8% dès 1990 – c'est-à-dire dès le début de son règne ! – pour atteindre aujourd’hui…95,60%.

Hum ! Il faut vivre hors du Tchad pour y croire. Pour la simple raison que le Tchad reste obstinément vissé – et c’est une honte qui n’empêche pas Deby de dormir – dans le peloton de queue des pays les moins …alphabétisés d’Afrique et du monde !

Autre « priorité gouvernementale » à propos de laquelle, toute honte bue, les cireurs de pompes de Deby n’ont pas eu peur de basculer dans le ridicule : le domaine de l’eau et de l’énergie. Ici, le verbiage n’a été que fantasmes et histoires à dormir debout. « En matière d’eau potable, nous apprennent ces rédacteurs qui ne vivent même pas au Tchad, des efforts considérables ont été déployés pour que la population accède plus facilement à l’eau potable, justifiant le prix décerné, il y a dix ans déjà, par la FAO au président Deby Itno. 300 milliards de Frs Cfa ont été investis dans ce secteur (…) ».

Bien entendu ce sont là des histoires sans aucun sens, surtout quand on lit la suite : « Sur le terrain cela se traduit par 8000 forages (ils ont bien écrit 8000 !) équipés de pompes à motricité humaine, 1000 puits modernes en hydraulique pastorale ( ?), 200 mares artificielles, 180 châteaux d’eau en hydraulique semi urbaine. Entre 2000 et 2006 l’accès à l’eau potable a progressé de 17% à 30% dans le monde rural, et de 21 à 31% en milieu urbain(…) ». Ouf !

Voila des mots et des chiffres qui, alignés ainsi à la suite, ont l’ambition de vouloir restituer quelque chose de positif, mais uniquement à l’intention de ceux qui n’ont aucune idée de la sinistre réalité de tout un peuple terrorisé et tenu en joue dans son propre pays.

Ceux qui seraient tentés de vérifier sur le terrain seraient confrontés à une vérité diamétralement opposée à cette propagande qui rit jaune.
Toujours dans ce même registre, la réalité de la fourniture électrique a été présentée de façon tout simplement loufoque : « L’électricité, dont l’offre reste encore insuffisante - quel euphémisme ! – fait partie des priorités. » Ainsi pour atteindre l’objectif poursuivi par le gouvernement, le message publié à Jeune Afrique fait état – sans sourciller – « d’une nouvelle centrale électrique d’une capacité de 21 mégawatts a été installée en 2008 dans le quartier de Farcha, à N’djamena. La toute dernière, d’une puissance de 60 mégawatts a été inaugurée cette année. »

Pour clôturer ce chapitre ultra sensible, les rédacteurs concluent : « on peut relever que tous les chefs-lieux de régions administratives, des départements et quelques agglomérations d’une certaine importance sont équipés de centrales électriques ou de groupes électrogène ». Quels canulars ! Surtout lorsque personne n’ignore que les populations de N’djamena n’ont droit à de l’électricité que durant deux ou trois jours… par mois !

Pour parler des voies de communication, de l’agriculture, ou de l’environnement, les auteurs des boniments publiés dans le magazine parisien ont rivalisé de sophisme et de poudre aux yeux pour tenter de faire briller au maximum le tableau sinistre et peu attractif d’un pays les dirigeants – fous de pouvoir – n’ont jamais eu pour préoccupation centrale depuis près de deux décennies que de s’acheter des armes et des munitions pour se maintenir au pouvoir. Une obsession qui a fait dire à Idriss Deby, il ya quelques mois devant des chefs d’Etats Africains, que seule l’Afrique du Sud et l’Égypte seraient mieux armés que le Tchad !

Deuxième volet, mais tout simplement délirant : le consensus politique. Un sujet qui aurait été bien intéressant s’il ne s’était borné à circonscrire cette considération autour du ralliement, ou de la reddition, de quelques opposants ; et en tout cas autour des fameux accords du 13 Août 2007 qui jusqu’à l’heure actuelle laissent toujours la plupart de ses signataires sur leur faim.

Pour le reste, pas un seul mot sur les causes de la rébellion, pas une seule allusion à la recherche d’un dialogue avec les forces civiles ou politico militaires jusqu’ici irréductiblement opposées à son régime. Le consensus politique, selon Deby, se résume à se soumettre ou à se battre les armes à la main. Et dans cette logique, le maître du Tchad s’est surarmé. On n’a pas besoin d’être diplômé de Sciences- Po pour comprendre que sur le plan politique et militaire Idriss Deby Itno ne connaît qu’une seule règle : la sienne.

Tous ceux qui ont lu cet encart spécial paru dans « Jeune Afrique » ont compris que tout ce qui en a constitué l’argumentaire n’est que du vent. Il est clair que le régime en place sur les rives du fleuve Chari, en mal de légitimité, n’a qu’un seul objectif : faire risette à la communauté internationale dans la dérisoire logique de faire croire qu’à N’djamena, on peut faire autre chose que de faire feu sur tout opposant qui bouge. Difficile de faire admettre cela. Même au prix de plusieurs centaines de millions de francs CFA qui seraient utilisés à meilleur escient en servant à autre chose qu’à semer la mort et la terreur au Tchad.

Tchadvision

Par TCHADENLIGNE - Publié dans : TCHAD
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