Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /2009 19:39
Le 15 avril dernier, à l’issue de la mission en terre tchadienne de la délégation du FMI, un mémorandum de politiques économiques et financières fut rendu public. Au-delà des exigences consignées dans ce document, c’est une véritable sonnette d’alarme qui devrait logiquement inciter les autorités tchadiennes à changer fondamentalement leur perception du développement économique et social du pays.

Transformer les ressources pétrolières en d’autres formes de capital, renforcer la collecte des recettes non pétrolières, améliorer la gestion des finances publiques afin d’assurer l’utilisation efficace et transparente des ressources de l’Etat". Tels sont les principaux axes de la stratégie choisie par le gouvernement tchadien en vue d’une utilisation optimale des ressources pétrolières "volatiles et épuisables".

Le tableau de l’économie tchadienne en 2009 dressé par la mission du FMI (voir encadré) a conduit cette institution et le Tchad à mettre en place un mémorandum de politique économique et financière. Rappelons que les mesures à courts termes sont : l’élaboration d’un collectif budgétaire pour 2009 compte tenu de la forte baisse des recettes pétrolières en 2009 et du lent redressement des prix du pétrole qui est prévu en 2010 et au-delà. Ce budget révisé devrait prévoir une révision du rythme des dépenses d’investissement pour les prochaines années en vue d’achever le grand nombre de projets qui ont déjà été engagés. Il faudra à cet effet inclure de manière exhaustive tous les projets en cours dans le budget, reporter les nouveaux projets à des années ultérieures et n’exécuter que les projets pour lesquels un crédit budgétaire existe. Le collectif doit aussi avoir pour objectifs d’accroître les recettes non pétrolières, de réduire les dépenses dans des domaines qui ne sont pas essentiels pour la mise en œuvre de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté, et tenir compte des sources de financement disponibles, tout en gardant à l’esprit les perspectives budgétaires contraignantes des prochaines années.

Mais la situation de l’économie tchadienne est bien plus grave qu’il n’y paraît et l’on est droit de se demander si ce qui est prévu aidera à sortir le pays de l’ornière. Pour bien cerner les enjeux réels de la situation de l’économie tchadienne, il faut s’intéresser à un autre document venant de la même institution (le rapport n° 09/67 de février 2009). Ce document dresse un tableau peu reluisant de l’économie tchadienne.

Etat des lieux de l’économie tchadienne

Selon ce document donc, dès l’année 2000, les investissements directs étrangers (IDE) dans le développement des champs de Doba et la construction de l’oléoduc ont donné lieu à des importations substantielles de biens liés au secteur du pétrole et plus encore de services. A partir de 2003, date du démarrage de la production, le compte de résultats a commencé à afficher des sorties importantes correspondant aux recettes des compagnies pétrolières, dont la plupart réapparaissaient sur la balance des paiements en tant qu’IDE. Presque immédiatement, les exportations pétrolières ont atteint leur sommet en 2004. Le pétrole représente à présent 90 % des exportations.

Le cours mondial du pétrole a été très favorable malgré la fluctuation des prix. Le Tchad est encore à l’abri d’une retombée des prix, et cela à cause de certains facteurs (rentabilité du projet de Doba même avec un Brent à 20-25 $US, financement des importations de bien nécessaire au maintien de la production par le consortium sur ses bénéfices non distribués, etc.). Mais, souligne le FMI, la balance des paiements devient vulnérable s’il n’y a pas un ajustement des importations non pétrolières, cela pourraient se faire sentir sur les réserves du pays. Autre difficulté relevée par le FMI, le Tchad n’a pas tiré parti des opportunités qui lui ont été offertes par les retombées de l’or noir en diversifiant son économie. Pourtant, d’ici à une quinzaine d’années (2015), les réserves de brut tchadien seront nettement entamées et aucune des sociétés qui font de la prospection en ce moment n’a annoncé la découverte de réserves rentables.

Comme aiment à le répéter les dirigeants tchadiens, les deux (anciens !) "poumons de l’économie tchadienne ", l’agriculture et l’élevage, n’ont pas bénéficié de l’attention nécessaire. Avant le démarrage de la production pétrolière, la filière coton était déjà en crise et l’exportation du bétail connaît une baisse régulière depuis 2004. Il est possible que les redevances pétrolières aient modéré les incitations à lancer la réforme de la filière coton souligne le FMI qui suggère que le Tchad accorde la priorité à l’élimination des obstacles à la croissance pour améliorer le climat des affaires dans lequel évolue le secteur privé.

Les obstacles à l’entreprenariat privé

Le document s’intéresse également aux indicateurs de compétitivité de l’économie tchadienne. C’est, souligne-t-il, la qualité de la gouvernance qui détermine la capacité d’un gouvernement à instaurer un climat favorable à l’épanouissement du secteur privé. Pour produire avec efficacité, le privé a besoin d’une politique économique stable, d’un système juridique qui fasse respecter les droits de propriété, d’une bonne réglementation économique et d’une offre suffisante de biens publics, tels que l’éducation, la santé et l’infrastructure de l’énergie et des transports.

Or, souligne le document, pour le cas du Tchad, ces indicateurs (contrôle de la corruption, efficacité du gouvernement, Etat de droit, stabilité politique, qualité de la réglementation, représentation et responsabilisation, évaluation politique et institutionnelle des pays -EPIP- Facilité des transactions, etc.) montrent que la qualité de la gouvernance au Tchad est extrêmement mauvaise. Par rapport aux autres pays, le Tchad se classe régulièrement dans le quartile inférieur des principaux indicateurs de gouvernance. Étant donné que les scores de gouvernance des pays en développement sont en général faibles, le classement du Tchad dans le groupe des pays à faible revenu est révélateur, lit-on dans le document.

Autres indicateurs révélateurs du climat des affaires Doing Business (DB) de la Banque mondiale. Le DB analyse onze aspects cruciaux du lancement et de l’exploitation d’une entreprise en bonne santé à travers 41 indicateurs spécifiques.

S’agissant des autorisations pour lancer une entreprise et de l’application des contrats, les résultats du Tchad sont très médiocres. Il est, par contre, mieux placé par rapport à ses pairs pour les permis de construire. Les données font aussi état d’un effet régional. A l’exception du Nigéria, le Tchad et ses voisins se situent tous dans les deux quartiles inférieurs par rapport aux autres pays subsahariens.

Comparée à d’autres pays de la région, la performance du Tchad affiche quelques éléments favorables : le score est relativement bon pour "l’octroi de licences" qui a trait aux "procédures, aux délais et aux coûts de construction d’un entrepôt, y compris l’obtention des licences et des permis nécessaires, les notifications et les inspections requises et le raccordement aux services publics". Ces résultats sont aussi assez bons pour plusieurs indicateurs du marché du travail et pour les délais nécessaires à l’enregistrement d’une propriété (bien que le coût soit élevé). Par ailleurs, le Tchad est en particulièrement mauvaise position s’agissant des procédures, des délais et des coûts du démarrage d’une entreprise ainsi que des délais et des coûts d’importation et d’exportation qui sont faramineux. L’exportation d’un conteneur coûte 4867 dollars US et prend 78 jours, au lieu de 1660 dollars US et 36 jours pour la région. L’importation est encore plus coûteuse et longue : 5 520 dollars US par conteneur et 102 jours, comparés à 1 986 dollars US et 44 jours. La moyenne pour l’Afrique Subsaharienne est bien supérieure à celle de l’OCDE où exporter et importer un conteneur coûte moins de 1 000 dollars US et prend en moyenne moins de 10 jours.

Les obstacles au commerce intérieur et extérieur

Pour identifier les obstacles au commerce, l’Étude diagnostique de l’intégration commerciale (Diagnostic Trade and Integration Study—DTIS, janvier 2007) regroupant 6 institutions sous la direction de la Banque mondiale a examiné à la fois le commerce intérieur et extérieur. Elle avait pour objectif d’aider le pays à mettre en place une stratégie pouvant lui permettre d’améliorer ses échanges commerciaux dans la sous-région et au niveau mondial. Cette étude a identifié l’inadéquation des infrastructures et des services publics, les défiances dans le climat des affaires, la faiblesse dans la gouvernance et la mauvaise collaboration entre secteurs public et privé comme principales contraintes qui entravent la croissance des échanges.

Selon l’étude, le climat des affaires est délétère. La qualité de la gouvernance pose des problèmes à tous les niveaux de l’État. Les entreprises se plaignent de harcèlement fiscal, de la concurrence des importations de contrebande (par exemple, le sucre), de l’ingérence de l’État (par exemple, les télécommunications) et les organes de l’État font du favoritisme. Le climat des affaires souffre des distorsions qui gonflent le coût de production (accès réduit au financement, taxation erronée, routes et communication inadéquates, bureaucratie excessive, comportement prédateur de la part des fonctionnaires du service public, corruption et recherche de rente) ; et court des risques aggravés (mauvaise protection des droits de propriété, mauvais fonctionnement du système d’octroi de titres de propriété, système de tribunaux inefficace et système inadéquat pour l’application des contrats). L’administration des douanes est extrêmement inefficace. Elle ne respecte pas les normes internationales, utilise à peine la technologie de l’information, accorde des exonérations arbitraires, perçoit des paiements irréguliers, autorise la contrebande. Sur le marché international, les producteurs privés sont nettement dé-savantagés par l’insuffisance de l’infrastructure humaine et physique et la mauvaise qualité de la gouvernance du Tchad.

Un extrait d’un tableau bien sombre qui nécessite des mesures courageuses. Le corriger nécessite un changement profond dans nos manières de faire. A défaut, on se résoudra à attendre la prochaine mission du FMI et la définition de nouvelles mesures. Mais, sans cette révolution dans notre façon de gérer nos deniers publics, la situation risquera de devenir plus catastrophique. Naygotimti Bambé

Situation macroéconomique du Tchad

"L’évolution macroéconomique au Tchad en 2008 a été caractérisée par la faiblesse de l’activité économique, une forte expansion budgétaire et une hausse de l’inflation. Le PIB réel a baissé de 0,2 % en raison d’une baisse de la production pétrolière et de l’atonie de l’activité non pétrolière à la suite de l’attaque de la capitale par les rebelles en février. La bonne tenue des recettes pétrolières a entraîné des augmentations sensibles des dépenses, notamment des dépenses d’équipement, et le déficit budgétaire primaire hors pétrole a atteint environ 29 % du PIB hors pétrole. Le taux d’inflation moyen est passé à 8,3 % en raison des hausses des prix des produits alimentaires. L’augmentation des prix du pétrole a renforcé la balance des paiements, et les réserves de change ont augmenté pour avoisiner 4,8 mois d’importations de biens et services. Le pays ressent les effets de la crise financière mondiale principalement du fait de la forte baisse des prix pétroliers. Les recettes pétrolières, qui représentaient 75 % des recettes budgétaires intérieures pendant la période 2006-08, devraient tomber d’environ 38 % du PIB hors pétrole en 2008 à 4 % seulement du PIB hors pétrole en 2009 à cause de la baisse des prix pétroliers et des changements apportés aux modalités de taxation du secteur pétrolier en 2008. Le PIB réel hors pétrole devrait progresser de 3 % en 2009, porté par les services. Une récolte plus favorable devrait réduire l’inflation de 8,3 % (en 21008) à 4 % environ en 2009. La baisse des prix pétroliers provoquera une nette détérioration du solde courant de la balance des paiements qui sera financée par une ponction sur les réserves de change ".

 

Source : FMI

 

par Naygotimti Bambé

cefod.org

Par TCHADENLIGNE - Publié dans : TCHAD
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